Gabriel Fauré (1845-1924)

Musique

Mis en ligne le 13 mars 2015

le musicien de l'intériorité

Quelques éléments clés sur la vie de Gabriel Fauré

Gabriel Fauré est né à Pamiers en 1845. Son père est instituteur. Il a quatre frères et sœur ; aime à jouer seul dans le grand jardin familial. Dans une lettre à sa femme datée du 26 août 1907, il écrit « …tu sais que même enfant…j’étais aux dires de mes parents, un absorbé, un silencieux… ». Traits de caractère confirmés beaucoup plus tard par Charles Koechlin, musicien, qui confie "J'aimais sa bienveillance, son extrême simplicité. Un peu distant parfois à cause d'une rêverie intime et non qu'il fût lointain (ou même indifférent à l'égard de ses disciples)".

Ses parents le mettent très tôt en nourrice et vu ses prédispositions pour la musique, l’inscrivent, dès l’âge de 9 ans,  à l’école Louis de Niedermeyer qui forment les futurs maîtres de chapelle. Il y restera 11 ans et entamera une amitié indéfectible avec un de ses professeurs, Camille Saint-Saëns.

Outre l’enseignement classique (le plain-chant, la musique sacrée des XVIème, XVIIème et XVIIIème siècles dont les influences seront parfois perceptibles dans son écriture musicale), Fauré découvrira, hors classe avec Camille Saint-Saëns, des œuvres contemporaines de Robert Schumann, Franz Liszt ou Richard Wagner. A l’issue de sa formation, Gabriel Fauré recevra plusieurs prix notamment de piano et de composition (en 1865, pour le Cantique de Jean Racine).

Quelques dates ponctuent la vie musicale de Gabriel Fauré : en 1877, il est nommé maître de chapelle à l’église de la Madeleine dont il devient titulaire du Grand Orgue en 1896. Il prend les rênes du Conservatoire de Paris à partir de 1905 ; il est alors au faîte de sa carrière. 

A partir de 1879 et pendant vingt ans, s’ouvre pour le musicien une période créatrice florissante. Il écrira toutes les œuvres qui installeront sa réputation. On peut citer le Requiem (1887-1888) qui marque un renouveau de la musique religieuse en France, la Bonne chanson (1982-1893) : cycle de mélodies sur des textes de Paul Verlaine, la musique de scène pour Pelléas et Mélisande de Maeterlinck considérée comme le chef-d’œuvre symphonique du musicien.

La musique de Gabriel Fauré n’aura cessé d’évoluer et de s’enrichir. Arthur Honegger parle de l’évolution de la musique de Fauré en ses termes : « …dans l’expression, sa musique le conduit d’un art de société, charmeur et sentimental à un lyrisme exigeant, plus vrai, pour s’attacher dans les dernières années de sa vie à un style grave, aux inflexions mystérieuses». Même si bien sûr, tout n'est pas aussi figé ; ces "périodes" se chevauchant parfois dans le temps...

Gabriel Fauré, toute sa vie, s’est donc attaché à « exprimer l’intensité des sentiments en cherchant l’équilibre des forces mélodiques et la nuance plutôt que la préciosité ». En cela, il marque une rupture dans la musique française, certes discrète mais essentielle.  François Zygel note que « sa façon de faire de la musique, que sa conception de l’écriture sont nouvelles : pas de développement chez Fauré mais une continuation du flux qui « entraîne » une notion du temps tout à fait différente ».

Avec Claude Debussy et Maurice Ravel, Gabriel Fauré appartient " au grand mouvement de rénovation qui succède au romantisme".

Gabriel Fauré meurt à 79 ans. Un hommage national lui est rendu.

 

"Quand je n'y serai plus, vous entendrez dire de mon oeuvre : "Après tout, ce n'était que ça !..." On s'en détachera peut-être...Il ne faudra pas vous tourmenter ni vous affliger. C'est fatal...Il y a toujours un moment d'oubli...Tout cela n'a pas d'importance : j'ai fait ce que j'ai pu...et puis jugez, mon Dieu !..."

 

Oeuvres de Gabriel Fauré disponibles sur le réseau des médiathèques de LOrient.

Le maître de la mélodie française

 

Pour subvenir aux besoins de sa famille, Gabriel Fauré donne de nombreuses heures de cours qui l’épuisent. Et, sur les conseils de Camille Saint-Saëns, accepte, dès 1870, de fréquenter les salons artistiques en vue. Seuls endroits où il était possible d ‘écouter de la musique nouvelle et de faire entendre ses propres partitions. Gabriel Fauré y côtoie Messager, Ravel, Debussy, mais aussi Colette ou Anatole France…Jean-Michel Nectoux, qui a consacré une biographie à Fauré, note que « la légende de Fauré musicien de salon a longtemps empêché nombre de mélomanes d’aborder son œuvre avec l’attention qu’elle mérite. »

Les mélodies, par exemple, auxquelles Gabriel Fauré consacrera plusieurs cycles dont la Bonne Chanson (1892) sur des textes de Paul Verlaine ; des mélodies qui marqueront un tournant symbolique dans son œuvre, « située entre le style romantique adopté jusqu’en 1880 et l’écriture plus intimiste consacrée à la musique de chambre qui prévaudra jusqu’à sa mort ».

En proposant un style intime et subtil, Gabriel Fauré tente de s’éloigner du romantisme allemand. « Raffinement harmonique, retenue et refus des excès», « mélodies au contour toujours surprenant, dont on ne peut jamais prévoir le déroulement ou la chute » : voici quelques-uns des traits caractéristiques des œuvres mélodiques de Fauré qui ont séduit Mathilde Helleux et Candice Chapoutot, professeurs au Conservatoire de Lorient et à l’Ecole de musique de Quimperlé. Au point de consacrer une clé musicale au cycle La Bonne chanson et à son processus créatif le 28 février 2015 à la médiathèque de Lorient.

La Bonne chanson, est un cycle de neuf mélodies d’après des poésies de Paul Verlaine. Elles ont été écrites initialement pour voix et piano et décrivent, dans un style tout en retenu, une passion amoureuse, celle de Verlaine pour Mathilde Mauté.

Gabriel Fauré fut sensible à l’évocation de cet amour naissant aussi fragile qu’émouvant.

Dans l’enquête « Sous la musique que faut-il mettre » (Musica, février 1911) Fauré explique que Verlaine est exquis à mettre en musique et que « Le rôle de la musique est d’ailleurs bien celui-là : mettre en valeur le sentiment profond qui habite l’âme du poète…que l’essentiel est de comprendre le poète et de le sentir. Mais il ne faut jamais s’attaquer à un médiocre, car il suffit d’un mot de trop, d’un adjectif mal placé pour faire boiter la plus belle page. Tandis qu’une prose rythmée, si elle est fluide, harmonieuse, pourra servir de thème, merveilleusement. »

 L’œuvre est d’une grande liberté et d’une réelle complexité qui fait s’écrier Camille Saint-Saëns « Fauré est devenu complètement fou ! ». Mais aujourd’hui, pour Jean-Michel Nectoux, l’œuvre « garde intactes sa jeunesse et son originalité ». Et si après La Bonne chanson, les mélodies se font plus rares chez Fauré, celles qu’il écrit seront d’une grande richesse. 

Pour vous familiariser avec la musique de Gabriel Fauré

La musique de Fauré est d’un grand raffinement « qui ne s’offre pas toujours à la première écoute ».

Pour s’immerger dans l’œuvre du compositeur, vous pouvez vous laisser envahir par la musique « riche de motifs mélodiques » du Requiem ; motifs « qui lui donnent une sobriété pleine de grandeur ».

Vous laissez séduire ensuite par la « beauté profonde» de l’Elégie pour violoncelle et orchestre, op.24.

Choisir d’écouter la suite enfantine pour piano à quatre mains Dolly ou vous laisser charmer par la célèbre Pavane incluse dans Masques et Bergamasques. 

Pour enfin vous laissez envahir par des compositions caractérisées par un grand dépouillement voire "statisme", "jusqu'à devenir parfois comme immatérielles."(Deuxième quintette en ut mineur (1921) ou encore le Quatuor à cordes en mi mineur (1924).

 

 

Pour aller plus loin...

Une biographie qui fait référence : 

Fauré / Jean-Michel Nectoux. - Seuil, 1995 (Solfèges)

 

Une leçon de musique illustrée au piano proposée par Jean-François Zygel, pianiste et pédagogue hors pair. En une heure de paroles et de musique, filmée en public, il nous fait découvrir les secrets de la musique de ce grand compositeur.

Fauré / Jean-François Zygel. - Naïve, 2004 (DVD)

 

Autres sources : 

Guide illustré de la musique / Ulrich Michels. - Fayard, 1990

Tome 1 et Tome 2

Dico de la musique / sous la direction de Marc Honegger. - Bordas, 1979

Tome 1 et Tome 2

L'émission "Le matin des musiciens" sur France Musique consacré à Gabriel Fauré et disponible jusqu'au 02/08/2016.

Lien : http://www.francemusique.fr/emission/le-matin-des-musiciens-du-mercredi/2013-2014/gabriel-faure-11-06-2013-00-00