Jean-Philippe Rameau : 1683-1764

Musique

Mis en ligne le 14 février 2015

Rameau : visionnaire du tempérament musical

Sur son lit de mort, Jean-Philippe Rameau murmure au prêtre venu lui donner l’extrême-onction de ne pas chanter aussi faux ! Que cette anecdote soit vraie ou fausse, elle démontre à quel point Rameau tenait la musique en haute estime ; en fait, il lui a voué toute sa vie.
Claveciniste, théoricien et compositeur, Rameau fut considéré comme le plus grand musicien du Siècle des Lumières et par certains musicologues comme le « Jean-Sébastien Bach français ».
Fécondité, inventivité dramatique, modernité de son propos, complexité de son écriture…les termes sont élogieux pour parler de la musique de Rameau.
Ils sont moins flatteurs lorsqu’il s’agit de décrire sa personnalité : Sylvie Bouissou, une de ses exégètes, le décrit ironique, ombrageux, impatient, énervé quand d’autres le voient timide. Mais tous s’accordent sur un point : Rameau était un passionné « Toute son âme, tout son esprit étaient dans son clavecin, quand il l’avait refermé, il n’y avait plus personne au logis » (Alexis Piron).



Jean-Philippe Rameau naît à Dijon le 25 septembre 1693. Son père, organiste à la cathédrale de Dijon, est le premier musicien d’une lignée de laboureurs. De la jeunesse de Rameau, très peu de choses nous sont parvenues. Il étudie chez les jésuites et part pour l’Italie à 18 ans. Un séjour de courte durée. Aurait-il été déçu ? Toujours est-il qu’il revient en France et passe de nombreuses années à errer de poste en poste. Cette situation instable perdure jusqu’en 1723. Il s’installe alors définitivement à Paris. Nommé compositeur du Cabinet du Roi par Louis XV, il meurt en 1764.

                                                               

Que de chemin parcouru... Lorsqu’il se fixe à Paris, Rameau est surtout connu pour ses théories musicales. « De façon très novatrice, il présente la musique comme une science et affirme que le principe naturel de la musique réside dans l’harmonie ». En 1726, il publie le Nouveau système de musique théorique qui vient compléter le Traité de 1722 qui assoit sa réputation de théoricien : Traité de l’harmonie réduite à ses principes naturels. Comme Jean-Sébastien Bach, il travaille sur le tempérament musical et propose un système qui permet de jouer dans toutes les tonalités. Ce système du tempérament égal est celui que nous utilisons encore aujourd’hui. « Il défend et prouve que la musique est une science, qu’elle a des règles très précises qu’il analyse, qu’il explique… ». L’Académie des Sciences va même jusqu’à reconnaître la valeur de ses travaux.

                                                                  

Il veut désormais s’imposer comme compositeur et malgré le succès de ses motets, de ses cantates et de ses pièces de clavecin se répartissant en 3 recueils, les difficultés sont nombreuses. Heureusement, la bonne fortune met sur son chemin le fermier général Alexandre Le Riche de La Pouplinière, mécène aisé et généreux, qui financera ses activités musicales pendant de très longues années. Il l’introduira dans la haute société où il pourra rencontrer les figures intellectuelles et scientifiques de son temps et ses futurs librettistes dont Voltaire.

Débarrassé des contingences pécuniaires, Rameau a l’esprit libre pour composer et s’adonner au genre qu’il affectionne tout particulièrement : l’opéra.

« J’ai suivi le spectacle depuis l’âge de 12 ans,
Je n’ai travaillé pour l’opéra qu’à 50 ans,
Encore ne m’en croyais-je pas capable.
J’ai hasardé, j’ai eu du bonheur, j’ai continué »

Il est vrai que la carrière lyrique de Rameau ne débute qu’en 1733. Il livre, cette année-là, un chef d’œuvre  Hippolyte et Aricie, véritable choc esthétique à l’époque, qui «allie la délicatesse de la musique française à la vivacité de la musique italienne ». « Il y a dans cet opéra assez de musique pour en faire dix ; cet homme nous éclipsera tous » (André Campra, compositeur).
Cette œuvre l’installe à la première place de la musique française.

Les grandes tragédies (Dardanus, Castor et Pollux) jusqu’aux Boréades  placent Rameau dans la lignée de Lully, mais il s’en différencie pourtant par l’importance qu’il donne à l’accompagnement musical, à la façon de colorer l’orchestre et à l’intérêt curieux et obstiné qu’il porte à la musique populaire. Ce qu’il apporte de neuf, c’est la richesse de l’harmonie : « la mélodie sans l’harmonie ne vaut rien. L’harmonie donne toute l’expression à la musique » ; cette conviction sera le combat de sa vie. Elle l’opposera, par exemple, à Jean-Jacques Rousseau pour qui la mélodie est porteuse de l’expression. Cette querelle dite des Bouffons ou guerre des Coins opposera les défenseurs de la musique française (tragédie lyrique à la française) groupés derrière Rameau (coin du Roi) et les partisans d’une ouverture (de l’opéra-bouffe ou opéra comique italien), d’une italianisation  de l’opéra français réunis autour de Rousseau (coin de la Reine).

                                       

                                          
Cette vision d’un nouveau monde dominé par la bourgeoisie et la révolution de 1789 enterrera Rameau avec les vestiges de l’ancien régime alors qu’il a toujours fait preuve d’un esprit musical novateur.
C’est pour cette dernière raison que des compositeurs comme Claude Debussy ou Camille Saint-Saëns furent passionnés par la redécouverte de sa musique qui dormit pendant un siècle et demi. Debussy, par exemple, lui dédiera une composition intitulée Hommage à Rameau.

« Rameau a osé tout ce qu’il a pu, et non tout ce qu’il aurait voulu oser. Il nous a donné non pas la meilleure musique dont il était capable, mais la meilleure musique que nous puissions recevoir » (D’Alembert)

 

                                                  

 

Oeuvres de Jean-Philippe RAMEAU disponibles sur le réseau des Médiathèques de Lorient

Pièces de clavecin au programme du baccalauréat musique 2015.

Les pièces de clavecin de Rameau sont au nombre d’une cinquantaine, se répartissant en trois recueils, plus quelques pièces isolées plus tardives. « Ses pièces frappent par leurs innovations. Rameau s’y exprime dans un langage harmonique qui ne cessera de se démarquer de ses contemporains… »


1706 : 1er livre de pièces de clavecin.
1724 : 2ème recueil de pièces de clavecin
1728 : Nouvelles suites de pièces de clavecin
1741 : Pièces de clavecin en concert, c’est-à-dire à plusieurs instruments. Elles peuvent être interprétées par un clavier seul grâce à une transcription de Rameau lui-même.

En cliquant sur le lien ci-dessous, vous découvrez au clavecin (par Christophe Rousset) et au piano (par Angela Hewitt) des extraits des Nouvelles suites de pièces de clavecin écrites par Jean-Philippe Rameau en 1728. Ce sont les dernières qu’il écrira pour le clavier. 

 http://www.francemusique.fr/emission/chefs-d-oeuvre-et-decouvertes/2013-2014/jean-philippe-rameau-nouvelles-suites-de-pieces-de-clavecin-1728-03-22-2014-0

Pièces de clavecin au programme du baccalauréat musique 2015.

Suite en mi : Le Rappel des oiseaux (1724)   

Suite en sol : Les Sauvages (1728)

«Rameau est sans doute le plus grand compositeur de danse avant Stravinsky. C’est un des éléments qui le rendent moderne et accessible aujourd’hui. C’est une musique qui fait bouger… » (William Christie)

Suite en la : Gavotte et ses six doubles (1728)


Suite en sol : La Poule (1728)
« Morceau de très grande qualité. Morceau dramatique théâtral, qui a presque une forme symphonique de grande ampleur et très majestueuse » (William Christie)

Voir ci-dessous l'analyse ou le suivi de partition de chacune des pièces à étudier.

 

 

 

Pour aller plus loin...

La musique classique : les grands compositeurs et leurs chefs-d’œuvre / John Stanley. – Editions Soline, 1996.

La petite encyclopédie de la musique / sous la direction de Brigitte Massin. – Editions Du regard-RMN, 1997

Les clavecins / de Claude Mercier-Ythier. – Expodif éditions,1996.

Ricercar / un film d'Henry Colomer. - Les Films du Paradoxe, 2011

Pendant huit mois, Henry Colomer a filmé le travail de deux facteurs de clavecins exceptionnels, Philippe Humeau et Emile Jobin, ainsi que les rencontres avec leurs amis interprètes, Yoann Moulin, François Guerrier, Kris Verhelst, Pierre Hantaï et Blandine Verlet. Un film sur la musique baroque, surtout un film sur l'écoute. L'écoute intérieure, imaginée, du son d'un instrument à venir, et l'écoute mutuelle de musiciens qui s'enrichissent de leurs expériences partagées.

Jean-Philippe Rameau 1683-1764 : sa vie, son oeuvre / Cuthbert Girdlestone. - Desclée De Brouwer, 1983. Avec une introduction de Philippe Beaussant


Jean-Philippe Rameau / Christophe Rousset. – Actes Sud, 2007.-(Classica)

Editer, penser, interpréter Rameau. Revue de la Bibliothèque Nationale de France. - Paris, BNF, 2014

Rameau et son temps : harmonie et lumières : exposition, Versailles, Bibliothèque municipale, du 20 septembre 2014 au 3 janvier 2015 / sous la direction de Sophie Danis et Christophe Thomet.- Paris, Magellan, 2014 (Mémoires d'Institutions)

"...Les textes rassemblés se proposent d'éclairer l'époque, le personnage et l'oeuvre grâce à des témoignages d'artistes sur leur expérience intime de sa musique, et à des apports de spécialistes qui permettent d'explorer plus avant les thèmes illustrés par l'exposition : son apport théorique à la musique occidentale, son implication dans les débats intellectuels et artistiques du XVIIIè siècle, son insertion dans la société de son temps, les réalisations auxquelles son oeuvre lyrique a donné lieu, l'oubli puis la lente redécouverte de ses compositions, sans oublier les surprenants aspects comiques de celles-ci..."


N° spécial de la revue l’Education musicale : baccalauréat 2015.

The Real Rameau / un documentaire sur Jean-Philippe Rameau de Reiner E. Moritz dans :
Convertendo : motet ; Pièces de clavecin en concert. – Arte Vidéo, 2006.

Le réalisateur Reiner E. Moritz brosse, dans ce documentaire très riche d’interviews, le portrait contrasté de l’auteur «des Indes Galantes ». William Christie, J.E. Gardiner, chefs d’orchestre ou Sylvie Bouissou, musicologue et bien d’autres apportent des témoignages intéressants. Ils permettent de mieux cerner la personnalité de Jean-Philippe Rameau et d’appréhender son œuvre magistrale et en tous points novatrice. Par exemple, pour William Christie, l’usage audacieux des timbres, place Rameau comme l’un des inventeurs de notre musique de chambre.
Car, si Rameau fut avant tout musicien, il fut également un grand théoricien de la musique. Il laisse d’ailleurs une abondante œuvre réflexive. Beaucoup d’extraits musicaux rythment ce documentaire, tirés des Paladins, d’Hyppolyte et Aricie ou des Boréades. Une entrée passionnante dans l’univers de ce musicien.


Liens utiles

Un site consacré à Jean-Philippe Rameau :

 http://jp.rameau.free.fr/jpr-sommaire.htm

2014 : l’année Rameau. De grands évènements fêtent les 250 ans de la disparition du grand compositeur. Voir le programme des festivités sur le site, Rameau 2014, ainsi que des éléments biographiques et discographiques.

 http://www.rameau2014.fr/2014#927

Jean-Philippe Rameau en 6 dates et 6 œuvres sur le site de France Musique :

 http://www.francemusique.fr/personne/jean-philippe-rameau

Sur le site de la cité de la musique, un dossier pédagogique consacré au Baroque (Esthétique, compositeurs et guides d’écoute) contient une courte biographie du compositeur.

http://mediatheque.cite-musique.fr/masc/?INSTANCE=CITEMUSIQUE&URL=/mediacomposite/cmdo/CMDO000010000/CMDO000010300/09_4.htm

Lionel Esparza aujourd'hui consacre son émission à Jean-Philippe Rameau avec deux spécialistes du compositeur Sylvie Bouissou et Benoît Dratwicki.

http://www.francemusique.fr/player/resource/30796-34443

Enfin :

http://www.musicologie.org/Biographies/rameau_jp.html

http://fr.wikipedia.org/wiki/Jean-Philippe_Rameau